A propos du minerai de fer

A propos du minerai de fer

 

De nos jours, les puits de mines se cachent sous des bosquets de ronces, l’effondrement de certaines galeries a fait naître des « trous » d’eau qui se vident et se remplissent à la moindre pluie…et ne vous hasardez pas dans tel ou tel bosquet… il y a des chances qu’il cache une surprise.

On sait que notre région a renfermé des gisements de fer d’excellente qualité, et que, naguère c’était le département français qui fournissait la plus grande quantité de minerai de fer… Faut-il rappeler que l’exploitation du fer en Berry est une activité ancienne dont l’existence est attestée dès l’antiquité par le témoignage de César et les trouvailles archéologiques, (Forêt d’Allogny, Forêt de Tronçais), et plus près de nous, le Bois du Four, situé entre la Nationale 144, vers St Amand, et la route dite de Noirlac. On y voit encore des trous profonds creusés par les Gaulois qui exploitaient le minerai à ciel ouvert sur ce coteau où ils trouvaient bois et eaux vives.

 

Les gisements de minerai se présentent chez nous sous la forme de poches, amas, couches irrégulières, en surface ou en faible profondeur. La teneur varie de 25 à 45%. Après 1850, l’extraction du minerai atteignait 300 000 tonnes, et vers 1840 on produisait déjà 30 000 tonnes de fer.

 

Il y a 120 ans , en 1862, explosait la machine à vapeur qui alimentait les deux pompes géantes chargées de puiser l’eau au fond du puits de 8 mètres. Explosion violente, soudaine et tragique puisqu’elle coûta la vie au chauffeur et détériora les pompes. Les eaux se ruèrent à l’assaut des puits de minerai en exploitation. La Compagnie Minière se refusa à faire exécuter les réparations nécessaires… et comme la production allait en diminuant… cette explosion annonçait le début de « la fin des mines ».

 

Peu à peu, les wagonnets qui circulaient entre le champ de « La Machine » et la ferme du Carroir s’arrêtèrent Les rails furent enlevés et les mines abandonnées !

 

Les paysans de la régions prirent possession des terres, comblant comme ils le pouvaient les excavations, et la Compagnie Minière leur céda des terrains… Il ne semblait pas, à ce moment-là, que les galeries souterraines présentassent quelques dangers !

 

L’exploitation des minières se faisant sans doute selon des techniques rudimentaires, comme l’on pratiquait à Dun-le-Roi et à Saint-Denis-de-Palin… « On se borne à l’ouverture de puits au fond desquels les ouvriers pratiquent de petites fouilles latérales sans régularité …on creuse alors de petits puits de 1 mètre de diamètre, éloignés entre eux de 10 mètres au plus ; au fond de ces puits, on ouvre, dans la couche, de petites galeries de 1,20 mètres à 1,80 mètres de large, dirigées au hasard, dans tous les sens et ayant 0,80 mètre de hauteur, selon l’épaisseur de la couche. Ces galeries sont très rapprochées les unes des autres, taillées en voûte, et les piliers qui restent pour soutenir sont de formes irrégulières et n’ont pas plus de 1,40 mètre à 1,50 mètre d’épaisseur… »

 

L’extraction du minerai aboutissait à la formation d’un « trou de mine » près duquel était accumulé le tas de minerai. Dans certaines régions, ce trou variant de 7 à 10 mètres, on amenait l’eau avec une pompe à vapeur, au-dessus on installait un trépied en bois sur le bord. Le minerai était alors jeté dans le trou pour être lavé, il était remué longuement, brassé avec le « rauble », on chargeait le minerai dans le patouillet suspendu au palan. Le minerai y était égoutté puis transbordé. Quel travail !

Il semble que la Compagnie Minière de Chambon, dont les bureaux étaient installés dans l’actuelle ferme du Carroir, ait utilisé pour ce nettoyage les eaux claires du Trian (ruisseau né sur les plateaux de Marçais, à 225 mètres d’altitude, pour se jeter dans l’un des bras du Cher qui enserre l’Ile de Châteauneuf).

 

Mais le traitement du minerai nécessite 624 000 stères de bois, soit à raison de 120 stères par hectares, 5 000 hectares déboisés par an. A cette allure, c’était le rapide ravage des forêts. D’autant qu’il fallait compter aussi avec les besoins du chauffage et du travail du textile ou du grès. Le service des Eaux et Forêts s’employa à rappeler « qu’il serait urgent de stopper l’hémorragie des forêts ».

 

C’est finalement les années 1860 qui ont donné le coup de grâce à la métallurgie en Berry… et partant le travail dans les mines. Les importations en provenance de Grande-Bretagne se font plus fréquentes. La découvertes des minerais lorrains et des procédés permettant de les utiliser, ruinent la plupart des entreprises locales. Mais à côté de ces considérations technico-économiques….. quel était le sort des mineurs ! Si l’actuelle population de Chambon se chiffre à 195, il est intéressant de jeter un coup d’œil sur les derniers recensements :

 

1851………………………………….571

1856………………………………….602

1861………………………………….571

1866………………………………….607

1872………………………………….545

1876………………………………….525

1881………………………………….571

1886………………………………….569

1891………………………………….532

1896………………………………….535

1901………………………………….515

1906………………………………….497

1911………………………………….444

1921………………………………….380

1926………………………………….350

1931………………………………….361

1936………………………………….314

1946………………………………….350

1954………………………………….283

1968………………………………….231

1975………………………………….195

 

Remarquez qu’elle atteint son maximum en 1866. Elle ira (comme bien d’autres communes) en décroissant jusqu’à nos jours.

 

On comptait une centaine de puits dont 40 étaient exploités en même temps. L’effectif se montait à 200 et 250 mineurs, les deux tiers habitant la région, les autres venant des centres miniers de la Nièvre. Les élèves de l’Ecole communale de Chambon ont réalisés, il y a quelques années, une étude remarquable sur le genre de vie de ces mineurs.

 

… »leur travail durait 10 à 12 heures par jour et ils gagnaient entre 25 à 30 sous. A cette époque le vin coûtait 3 à 4 sous le litre » Ce qui représente, en faisant un petit calcul afin d’actualiser ces données : 3,80 francs de l’heure (pour le S.M.I.C) et environ 1 100,00 francs pour 24 jours de travail.

 

Ils remontaient de la mine avec des vêtements boueux et humides, mais il n’y avait pas de lavabos , ni couches, ni vestiaires pour se changer. Une année il menacèrent de se mettre en grève afin d’être mieux payés, « mais ils n’en avaient pas le droit » et le Maire de Chambon, Monsieur Lhopital, fit venir de Bourges une batterie d’artillerie afin de leur « faire peur » et la grève n’eut pas lieu.

 

« Le temps florissant ‘si l’on peut dire) de cette exploitation minière coïncidait avec l’apparition des premières assurances. Il s’agissait là d’une chose nouvelle dont on disait grand bien. Tellement de bien que quelques mineurs voulurent la mettre à l’épreuve…. Et qui donna quelques « bons » résultats avant de provoquer des réaction draconiennes. Les mineurs habitaient de petites maisons au toit de tuiles. Quelques-uns ayant signé une police d’assurance garantissant leur logis se hâtèrent de l’incendier. Les premiers touchèrent la prime, les seconds eurent maille à partir avec les gendarmes. Désormais, les mineurs furent appelés les « metteux de feu »… tant il est vrai que la légende prend rapidement le pas sur les faits… »

 

 

En se promenant sur les lieux, ont peut encore découvrir de petites maisons abandonnées depuis longtemps, aux toits crevés, aux murs écroulés et que les ronces envahissent. Peu à peu la nature indifférente nivelle tout ! Le pénible travail et la misère des mineurs « s’évaporent » dans l’oubli !

 

Lorsque l’exploitation cessa définitivement, les bêtes qui demeuraient abritées dans la Forêt d’Habert et les Bois de Bigny (alors existants) apparurent…éloignés des lieux par le bruit des machines et le va-et-vient continuel.

 

Ce fut d’abord l’invasion des lapins qui…eux aussi creusèrent des trous… puis les hordes de sangliers revinrent hanter les fourrés et les galeries désertées…

 

Il ne reste plus guère aujourd’hui que les entonnoirs plus ou moins grands où l’eau s’engouffre avec une violence extrême les jours de pluie… pour ressortir quelques dizaines de mètres plus loin avec la même vigueur, mais cette fois sous la forme d’un geyser !

 

(Documentation : M.Jacques Chagnon, Journaliste au Berry Républicain.

Dossier : Métallurgie en Berry. Archives départementales du Cher)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *