Popaul

POPAUL

En réalité, il s’appelait Paul Richard mais tout le monde l’appelait Popaul . Il vivait avec sa vieille mère que l’on surnommait la mère Lunettes (en raison , paraît-il d’une intervention chirurgicale qu’elle avait subi aux yeux et dont elle disait qu’on lui « avait sorti les yeux de la tête » et ceci à une époque où aucune opération n’était bénigne).

Popaul, lui , avait été mobilisé pendant la guerre 1914/1918 et avait été gravement blessé ; il avait subi une trépanation . Il était devenu déficient mental…. et nous faisait peur à nous les gamins sur le chemin de l’école même s’ il n’a jamais été agressif à notre égard.

Il avait un visage grimaçant et un rire « satanique » .Parfois il disait qu’il entendait le canon tonner dans sa pauvre tête . Vêtu d’oripeaux ,chaussé de vieux godillots, une vieille casquette crasseuse sur le crâne, arborant des quantités de médailles et décorations hétéroclites, il marchait, marchait sans arrêt faisant des aller-retours incessants entre Vallenay et Bigny.

Il était couvert de puces, sur lui et chez lui, à tel point que , lors de la pose de bordures de trottoirs à Vallenay, lorsque les maçons arrivèrent devant chez lui, les puces sautaient sur eux et qu’ils durent se déshabiller et jeter leurs vêtements.

Vers 1950, les cuisinières à gaz n’existaient pas encore sur notre commune ; nous possédions des réchauds, à gaz certes, mais sans four et il fallait une table sur laquelle les poser ; c’est à cette époque que Lucien Monmasson (devenu chauffagiste mais décédé maintenant) se mit en devoir de confectionner des placards en tôle permettant d’insérer la bouteille de gaz . Popaul fut émerveillé et en commanda trois ; il n’avait pas de réchaud mais il monta ces placards les uns sur les autres pour ranger différentes affaires.

Grand marcheur , comme dit plus haut, il lui arrivait même, paraît-il, de faire Vallenay – St Florent sur Cher où il avait de la famille à pied(17 km environ).

Son plus grand plaisir était , lorsque s’annonçait  «  l’assemblée » (fête annuelle)à Vallenay et à Bigny , d’aller aider à « monter le parquet »(le parquet étant une sorte de chapiteau rectangulaire en bois, coiffé d’une toile et sous lequel se déroulait les bals). Alors, là, il était heureux !!! car il aimait la musique, il lui arrivait même de jouer du clairon.

Popaul aimait aider : aider le maçon à faire du ciment, l’épicière à rentrer ses pots de lait et ses légumes que les fournisseurs avaient laissés sur le trottoir devant son magasin.

Sa mère décédée, Popaul ne changea rien dans ses habitudes ; mais il vieillissait et il était difficile de le laisser seul dans cette crasse avec laquelle il avait toujours vécu . Il fut hospitalisé à ST AMAND de longues années , avec des gens comme lui ;il y rendit l’âme il y a environ trente ans.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *